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La Montagne aux étoiles by Camille Gandilhon Gens d'Armes
La Montagne aux étoiles by Camille Gandilhon Gens d'Armes
La Montagne aux étoiles
by Camille Gandilhon Gens d'Armes
Mais les voici venir de leurs plaines sans gloire Les envieux, les destructeurs, la foule noire Que gênent l'arbre et la montagne et le château, Ceux qui veulent tout abaisser à leur niveau, Ceux dont le pauvre rêve est de vivre sans peine, Liés jalousement à la commune chaîne... Ils ont dilapidé le trésor des aïeux, Démoli leur maison pour la rebâtir mieux, Et, contempteurs béats d'un passé qu'ils ignorent, Guettent fébrilement on ne sait quelle aurore. Sont-ce bien là les fils des hommes d'autrefois Qui m'adoraient, déesse, au temple des grands bois ? Ils sont là. Les fourmis ont détruit les nids d'aigles. Dans les vallons comblés ils ont semé leurs seigles. Misérables, voici qu'ils rongent mes forêts ! Et ma terre que les racines enserraient S'effondre sous la pluie et croule dans mes gorges. Ils ont fourbi là-bas, en de hideuses forges, Ces longs aciers cruels qui meurtrissent ma chair. Ils jettent sur mes bleus torrents des ponts de fer. Ils cherchent des trésors jusque dans mes entrailles ; Ils emportent mes bois, ils brûlent mes broussailles. Mon manteau d'autrefois, loques de miséreux ! Ils m'ont zébré les flancs de chemins poussiéreux Où fourmillent des véhicules frénétiques. De l'agitation ce sont les fanatiques. Ils m'assaillent, l'été, comme vols de criquets, Flétrissant tout, sommets fleuris, prés et bosquets, Hypocrites amants d'une magnificence Qu'ils détruisent déjà par leur seule présence ! Et je ne trouve plus le calme qui me fuit Que seule sous la neige et seule dans la nuit. Arrière, destructeurs de forêts ! Prenez garde ! Je pourrais me lasser de souffrir vos nasardes Et ces démangeaisons d'insectes sur ma peau. Si je suis patiente et garde le repos, C'est que l'Humanité n'est qu'un jour dans ma vie. Mais en mon cœur profond je sens poindre l'envie De redresser au ciel mon torse de volcan Et d'insuffler mon âme au sauvage ouragan Qui me purifierait de tout parasitisme. Hommes, n'attendez pas l'ultime cataclysme ! Gagnez la plaine molle où dorment les marais. Ne passez plus le seuil ravagé des forêts : Vous n'en comprenez pas l'auguste solitude ; Et vous tremblez des monts altiers la quiétude, Destructeurs de beauté, trépidants et jaloux, Allez-vous en ! Et vous, restez aigles et loups, Renards et sangliers, nobles bêtes sauvages ! Revenez, les bannis, mes hôtes des vieux âges ! A moi, forêts ! Couvrez l'opprobre des chemins. Croissez, chênes, ormeaux, hêtres, bouleaux, sapins, Beaux arbres ! Votre patience végétale A nouveau tissera la robe impériale Dont je couvrirai tout, jusques à l'horizon. Puissé-je, alors, changeante au rythme des saisons, Tant que le dieu Soleil éclairera la Terre, Vieillir dans mon orgueil antique, solitaire ! » La montagne avait tu sa formidable voix... Je descendis, furtif, par le sentier des bois.🏁
Submitted by laimargue - 06/07/2026
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